C’est avec enthousiasme et conviction que l’ingénieur André Callaert nous reçoit et pose pour nous un regard critique sur la construction passée et à venir dans le secteur des soins en partant de sa riche expérience. Nous lui avons soumis quatre sujets majeurs: les changements dans les techniques de construction, l’importance croissante de la construction à basse consommation, l’importance et l’évolution des techniques de ventilation dans les bâtiments et les défis que devront relever ses successeurs et les maîtres d’ouvrage de demain.

 

 

Technique de construction: on n’isole jamais trop (mais parfois mal)

Tout le monde est aujourd’hui convaincu de l’importance d’une isolation suffisante. Pourtant, certains affirment encore que ‘Trop isoler n’est ni bon ni sain’. « En réalité, il n’y a pas moyen de trop isoler », réfute André Callaert. Il se peut que l’aération soit négligée ou que l’isolation soit mal placée, créant des ponts thermiques, avec toutes les conséquences négatives que cela peut entraîner. Mais c’est une autre histoire. Economiser sur l’isolation est de toute façon un mauvais reflexe selon moi. Les architectes ne pourraient jamais lésiner sur l’isolation, dans le but par exemple d’obtenir plus d’espace financier en termes de design: l’aspect fonctionnel doit primer. Je recommande 10 à 12 centimètres de plaques d’isolation dans les murs. On peut encore y ajouter quelques centimètres, mais la différence entre 12 et 15 centimètres n’est pas significative… »

 

La tendance grandissante des ossatures en bois suscite également quelques doutes chez André Callaert. « On est euphorique quant aux avantages, comme le séchage rapide, mais ne perdons pas de vue les inconvénients. Car il y en a», tempère l’ingénieur. Surtout au niveau de la capacité calorifique, de l’humidité, de l’acoustique, du prix, etc. « La construction en bois est solidement ancrée dans les traditions dans les pays nordiques, comme la Finlande, la Suède, la Norvège, mais chez nous, le climat est nettement plus humide. Prenons une grange à laquelle on ne touche pas pendant 100 ans. En Belgique, il n’en restera qu’un tas branlant pourri. En Norvège, elle aura certes rétréci ou sera penchée, mais elle sera toujours entièrement debout. C’est un aspect qu’il ne faut pas négliger. Chez nous, il pleut parfois plusieurs semaines d’affilée, si bien que, dans une certaine mesure, le bois reste humide en permanence et n’a pas le temps de sécher complètement. Il pourrira par conséquent plus facilement que dans un climat plus sec. Il me paraît dès lors très important de recouvrir l’ossature en bois d’une enveloppe extérieure imperméable. J’observe heureusement que cela se pratique de plus en plus. Grâce à cette enveloppe imperméable, qui peut être une plaque métallique, l’eau de pluie peut être évacuée sans que le bois ne devienne humide.»

 

 

Construction à faible consommation énergétique: des règles de base simples mais claires s’imposent 

« Je viens d’évoquer le sujet de l’isolation, mais j’aimerais revenir dessus », commence André Callaert. « Je plaide ainsi pour quelques règles  de base simples »:

 

  • Triple vitrage
  • Epaisseur d’isolation d’environ 12 cm (plaques de PUR ou matériaux analogues dans les murs)
  • Isolation de la toiture d’environ 20 cm (PUR ou matériaux analogues)

 

Si l’on opte pour de la laine de roche, toutes ces valeurs doivent être augmentées de 50% (environ 18 cm dans les murs et 30 cm dans la toiture). En appliquant ces règles de base, on va déjà très loin, sans devoir faire appel à un bureau d’étude. »

 

Une autre pierre d’achoppement fréquente est la protection solaire. Le point de départ est pourtant simple: gardez le soleil à l’extérieur. Avant même que la construction ne commence, il faut veiller à orienter les fenêtres de manière à réduire l’exposition au soleil. « Mais certaines pièces n’y échappent bien entendu pas. Veillez en tout cas à une ventilation suffisante entre le vitrage et la protection solaire, un problème sous-estimé. Les écrans solaires peuvent par exemple créer une couche d’air chaud entre le vitrage et l’écran. Cet air chaud va alors réchauffer le verre. Mais la génération actuelle de double ou triple vitrage laisse entrer cette chaleur. Le côté intérieur de la fenêtre se met donc à chauffer également, ce qui nuit à la fraîcheur de la pièce. Des solutions ont été recherchées pour pallier à ce problème (éloigner l’écran du mur de quelques centimètres et automatiser la détection de vent), mais aucune n’était la panacée. Heureusement, l’industrie ne s’arrête pas. Mais le crédo est simple: veillez à ce que l’air circule suffisamment à hauteur de la protection solaire! Pas besoin de solution compliquée: optez de préférence pour une protection solaire à lamelles ou autre qui permette une aération spontanée, afin d’éviter que ne se crée une couche d’air chaud entre la fenêtre et la protection solaire”.

 

 

Techniques de ventilation: la prévoyance est la clé du succès

A fortiori dans les immeubles élevés où les fenêtres ne s’ouvrent pas, un système de ventilation bien pensé est élémentaire. Un système D avec double flux, c’est-à-dire qui souffle et aspire l’air, est presque devenu standard. Mais une bonne ventilation ne s’arrête pas à l’installation. Les problèmes surgissent lorsque les conduites d’air doivent être nettoyées. On a vu avant, dans une autre publication d’Actual Care, à quel point des conduites non nettoyées peuvent être sales. C’est vrai en particulier pour les conduites d’aspiration. Cela semble incroyable, mais il semblerait qu’il existe en Belgique un hôpital où les conduites sont tellement sales que le système de ventilation a tout simplement été débranché, étant donné que le nettoyage s’avérait extrêmement difficile.

 

 

André Callaert: « Je me souviens d’un établissement où un panneau d’accès avait été placé à hauteur de chaque coude dans les conduites. Il n’y avait pas moyen de ce fait d’avoir accès à chaque centimètre carré, mais ils avaient réussi à parer le problème. Au moyen de simple papier collant, ils avaient connecté quatre tuyaux d’aspirateur et à l’aide d’un long bâton, ils réussissaient malgré tout à nettoyer les conduites en passant l’aspirateur par les panneaux d’accès. On ne va certes pas leur décerner le prix de l’esthétisme, mais avec des moyens simples, ils avaient malgré tout trouvé une bonne solution. Je conseille en tout cas à tout le monde de prévoir suffisamment de panneaux d’accès lors de la conception d’une installation de ventilation. Afin de pouvoir la nettoyer facilement et efficacement. L’obstruction des conduites d’aspiration par la poussière et autres est en effet un problème sous-estimé. Cela peut avoir pour conséquence que votre système de ventilation ne fonctionne plus correctement pour cause des conduites bouchées. »

 

 

« Certains bureaux d’architecture ou bureaux d’étude ne se soucient guère du nettoyage des conduites», souligne André Callaert, « car leur obstruction ne commence généralement à être vraiment problématique qu’après disons 10 à 15 ans. La période de garantie est alors arrivée à échéance, si bien que cela ne ressort plus de la responsabilité du bureau d’étude. Insistez donc auprès de votre bureau d’étude pour qu’il intègre bel et bien cette problématique dans ses concepts et qu’il prévoie donc suffisamment de panneaux d’accès. Cela évite à l’établissement bien des problèmes à long terme. »

 

 

Avenir: de l’importance d’une étude préalable et de fausses économies

« Un des grands défis pour l’avenir sera d’intégrer les objectifs énergétiques dès le début de l’étude préalable, dès le premier croquis du concept », explique André Callaert. « L’orientation d’un bâtiment à elle seule est déterminante, songez à l’énergie entrante du soleil ou la vue des chambres, mais elle est souvent négligée. Les architectes doivent fournir des efforts pour déterminer la meilleure implantation et en fonction de cela, élaborer leur architecture. C’est l’inverse de l’approche que j’ai observée dans de nombreux projets: on donne la priorité à une belle architecture et à des fioritures et on ne considère qu’ensuite (voire pas du tout) l’orientation, la vue des chambres, etc. C’est de cette façon que les architectes vont pouvoir se différencier à l’avenir: en faisant primer l’aspect fonctionnel sur l’architecture », avance André Callaert, titillant ainsi gentiment les architectes. « Certains architectes mettent déjà ce principe en pratique et réussissent à combiner une belle architecture avec des exigences énergétiques et fonctionnelles. Mais cela demande, il est vrai, un effort supplémentaire. »

 

André Callaert met par ailleurs en garde contre les fausses économies, comme sur l’isolation ou les conduites d’aération évoquées plus haut. « Des économies sur l’entretien technique (et l’équipe qui s’en charge) peuvent engendrer plus tard d’importants frais supplémentaires. S’y ajoute que de plus en plus d‘équipements sont commandés de manière électronique, si bien qu’il devient impossible, ou en tout cas très difficile, pour la direction ou le responsable technique de l’établissement d’encore régler soi-même les installations. On ne peut attendre d’un homme à tout faire ou d’un technicien généraliste, certainement pas dans une maison de repos ou un hôpital de taille modeste, d’avoir des connaissances suffisantes de tous les mécanismes de commande complexes, comme les valves, les convecteurs, les groupes de ventilation, le chauffage, etc. La commande de ces équipements est souvent très compliquée. Plus on sous-traite, plus les frais risquent de s’accumuler et plus votre établissement va déléguer sur le plan technique… Ce n’est pas une tâche facile de trouver un équilibre sain en la matière », conclut André Callaert.