Compétences et qualifications professionnelles

Le Conseil national de l’art infirmier a formulé le 1er avril 2015 un avis concernant le profil de compétences des infirmier(ère)s, sans faire de distinction entre les bacheliers et les étudiants de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5. Explications avec Walter Sablon, collaborateur régional de Zorgnet Vlaanderen pour les hôpitaux publics des provinces d’Anvers et du Limbourg.

“L’avis a été émis au regard des directives européennes en matière de formations pour les professions réglementées”, explique Walter Sablon. “La profession d’infirmier responsable des soins généraux est l’une de ces professions réglementées et en conséquence de ces directives européennes, une adaptation de la formation des infirmier(ère)s s’imposait. Pour les formations de bachelier, cela s’est traduit en une formation plus générique, qui a de surcroît été prolongée d’un an. Mais pour les infirmier(ère)s de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 également, le contenu de la formation sera adapté aux directives européennes, certes sans prolongation de la durée des études. Le contenu du profil professionnel des infirmier(ère)s améliorera incontestablement le niveau de formation des infirmier(ère)s. A l’issue de leur formation, les infirmier(ère)s diplômé(e)s seront mieux préparé(e)s à l’ampleur de l’environnement de travail qu’ils/elles rencontreront à l’avenir. Même sans tenir compte des infirmier(ère)s actif(ve)s actuellement, la réforme de l’enseignement de l’art infirmier ne peut cependant pas être dissociée de la double vague de vieillissement qui s’annonce. Depuis le terrain, la demande d’un afflux suffisant d’infirmier(ère)s a d’ailleurs été très clairement formulée.”

Comme toujours à chaque réforme, des opportunités se présentent pour améliorer la formation des futur(e)s infirmier(ère)s.

“Les formations génériques offrent des opportunités de répartir plus équitablement l’afflux d’infirmier(ère)s à travers tout le paysage des soins (aujourd’hui, 85% des étudiants en soins infirmiers débutent dans un hôpital après leurs études, alors que les besoins sont tout aussi importants dans les maisons de repos et de soins, les établissements de santé mentale et les soins à domicile). Une formation générique améliorera sensiblement la mobilité des infirmier(ère)s dans les différents secteurs, parce que les obstacles des spécialisations actuelles (pédiatrique, hospitalière, soins infirmiers,…) disparaîtront. Cette réforme de l’enseignement permettra en outre de faire une distinction plus claire entre la formation de bachelier (anciennement personnel infirmier A1) et la formation de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 (anciennement A2), pour lesquelles la durée des études est actuellement encore égale.”

Où se situent les défis et les points prioritaires pour le nouveau contenu des formations de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 ?

“Dans les soins infirmiers, le profil de compétences décrit les connaissances, l’aptitude, les compétences et les attitudes dont doivent faire preuve les infirmier(ère)s pour accomplir correctement leurs tâches. Mais il ne fait pas de distinction entre les différents niveaux de formation pour infirmier(ère)s. De ce fait, il faut bricoler aux deux formations. Les formations de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 mettent moins l’accent sur le raisonnement clinique, la direction et le coaching d’équipes et les fondements scientifiques du traitement infirmier. Sur le plan de l’exécution des tâches par contre, elles sont très fortes. Il n’existe aucun métier où le travail en équipe est aussi important que dans les soins infirmiers. C’est donc là qu’il faut chercher les réponses aux questions concernant le futur profil de compétences des infirmier(ère)s. L’environnement et le contexte des soins seront déterminants pour l’utilisation et le mélange de différents niveaux de formation et pour leur reconnaissance. C’est ainsi que les normes de reconnaissance pourraient décrire un mélange de qualifications pour les différents modes de soins, grâce auxquels l’équipe de soins – en tant que groupe – apporterait les soins à ses patients d’une manière professionnelle et fondée scientifiquement. La réécriture de l’AR 78 relatif à l’exercice des professions des soins de santé doit offrir des garanties de soins sûrs et professionnels, mais ne peut pas constituer un instrument pour trancher les différences de niveaux de qualifications entre les infirmier(ère)s. Cela bloquerait l’aspect générique des formations et les compétences du travail en équipe. En outre, on demandera à l’avenir aux acteurs de terrain de mettre à disposition, en concertation avec les écoles, des places de stage de qualité et des mentors pour encadrer les étudiants. Un subside public adapté devrait venir appuyer cette mesure.”

L’afflux d’infirmier(ère)s va-t-il diminuer à la suite de la réforme de l’enseignement ?

“L’impact de la réforme sur le choix des études des futurs étudiants est difficile à évaluer. Le stage contractuel pour les futurs bacheliers en art infirmier et le maintien de la durée de la formation dans l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 absorbent d’une certaine manière les conséquences sociales de la prolongation de la durée d’études pour les étudiants en art infirmier. Aujourd’hui déjà, 50 % des étudiants qui font un bachelier en art infirmier poursuivent leurs études après la troisième année, principalement pour un autre bachelier. De ce fait, ces infirmier(ère)s suivent en réalité déjà une formation de 4 ans (ou plus). Il faut donc relativiser l’attractivité réduite d’une formation due à une année d’études supplémentaire. Nous nous attendons de toute manière à ce que l’année d’achèvement d’études 2020 soit critique en matière d’afflux d’infirmier(ère)s sur le terrain. En raison de la prolongation de la durée des études pour les bacheliers en soins infirmiers, il y aura cette année-là nettement moins de bacheliers qui achèveront leurs études. L’impact sera surtout perceptible dans le secteur hospitalier, où le niveau de qualification des infirmier(ère)s est comparativement le plus élevé. Nous pouvons toutefois nous attendre à ce que le stage contractuel des étudiants en quatrième année compense en partie cet afflux plus restreint. Heureusement que cette année, il y aura encore les étudiants de l’enseignement supérieur professionnel de niveau 5 (40 % des infirmiers et infirmières). Leur l’afflux restera constant, parce que la durée de leurs études est inchangée.”