Marleen Temmerman, gynécologue de formation, n’a pas peur des kilomètres et voyage à travers le monde entier pour défendre la santé et les droits des femmes.

Récemment, Marleen Temmerman a atteint l’âge légal de la retraite dans sa fonction au sein des Nations Unies et il était donc logique que l’Organisation mondiale de la Santé soit le dernier chapitre de sa carrière professionnelle. Pourtant, elle n’envisage pas du tout de prendre sa retraite.

 

Une option était de retourner à l’Université de Gand, à laquelle vous êtes toujours attachée. Mais vous avez finalement décidé de retourner au Kenya pour y jouer un rôle important dans le Réseau Aga Khan de développement.

« Ma mission principale consiste à contribuer à une meilleure santé des femmes et des filles qui vivent au Kenya, en Afrique de l’Est et dans d’autres pays dans lequel le Réseau est actif. Je suis attachée à l’Université Aga Khan, et dans le cadre de ma mission universitaire, je contribuerai à la formation de gynécologues, de médecins, de sages-femmes et d’infirmières. J’apporterai également mon soutien à la recherche qui a pour but de mettre en place de meilleures structures sanitaires. On peut donc dire que je joue le rôle de mentor au sein de la faculté. Ce rôle ne se limite pas uniquement à l’Université ou à Nairobi, mais englobe également les hôpitaux de deuxième ligne et les centres de santé de première ligne. Mon rêve serait d’y impliquer également l’Hôpital-Maternité de Pumwani. C’est l’hôpital public où j’ai commencé il y a trente ans. Entre 80 et 100 femmes y accouchent quotidiennement, mais on ne peut pas vraiment dire que les conditions se soient améliorées sur ces trente dernières années. La mortalité maternelle au Kenya est toujours une des plus importantes au monde et nous devons tout mettre en œuvre pour inverser cette tendance. Les autorités consentent déjà de nombreux efforts, mais il faudrait que le secteur public et privé fassent encore plus. Y compris dans le domaine de la planification familiale et des accouchements. »

 

Vous venez d’indiquer que les conditions ne se sont pas vraiment améliorées au sein de l’Hôpital-Maternité de Pumwani. Mais sur quels plans le pays a-t-il, au fil des années, le plus changé par rapport à votre dernier séjour qui a duré plusieurs années ?

« Le principal changement, c’est que la population a plus que doublé ! Imaginez-vous qu’en Belgique, on passe en une génération de 10 à 20 millions d’habitants… On éprouverait des difficultés à garantir l’enseignement et la sécurité sociale. Il convient donc de miser encore plus sur l’emploi, sur un enseignement accessible à tous – y compris au plus pauvres et aux groupes les plus vulnérables – et d’améliorer la planification familiale et les soins de santé. Un autre objectif important est de mettre en place une lutte plus efficace contre la corruption. Et il faudrait également construire un meilleur réseau routier, surtout dans les villes et leurs environs.

 

Il y a donc beaucoup de pain sur la planche. Pourtant, les Belges doivent certainement également pouvoir tirer des enseignements des soins de santé kenyans ?

« En effet. Ainsi, chez nous, beaucoup de tâches pourraient être déléguées à d’autres niveaux des soins de santé, ce qui permettrait de diminuer les coûts, sans pour autant engendrer une détérioration de la qualité. Ce concept est mieux connu ici sous le nom de « répartition des tâches ». Je vous donne un exemple : chez nous, un médecin fait pas mal de choses qui, au Kenya, sont réalisées par une infirmière, comme les soins prénataux ou encore prendre un frottis. »

 

Les soins de santé vous tiennent particulièrement à cœur, mais la défense et l’amélioration des droits des femmes nous inspire également à réaliser de nombreuses actions. Il y a plus d’un an, vous dressiez avec Tine Maenhout, un bilan dans l’ouvrage intitulé « Milady! Waar vrouwenrechten echt over gaan ». Si vous deviez publier aujourd’hui une nouvelle version de cet ouvrage, quel serait le changement ou le progrès le plus important que vous évoqueriez ?

« Que la situation mondiale des droits des femmes n’est toujours pas bonne et qu’il y a de nombreuses personnes prêtes à détruire les choses acquises dans le domaine des droits des femmes, et plus en particulier dans le domaine des droits reproductifs. De petites victoires ont été obtenues à gauche et à droite, mais il faudra faire beaucoup plus pour que le féminisme, dont la définition est l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, soit accepté au niveau mondial. Dans mon prochain ouvrage, j’aimerais donc lancer un appel chaleureux à la mise en place d’une plateforme, une « coalition des volontés » dans laquelle des hommes et des femmes défendant l’égalité des droits peuvent lutter ensemble pour un monde meilleur. »

 

Le Fonds Marleen Temmerman, continue dès lors à s’engager en ce sens en collaboration avec l’Université de Gand. Sur www.fondsmarleentemmerman.be, vous trouverez plus d’informations sur le fonds. Vous aurez également la possibilité d’y réaliser des dons en ligne.