Beaucoup se sentent appelés, peu sont élus… Cet adage pourrait s’appliquer au bénévolat au sein de l’Hôpital Universitaire pour Enfants Reine Fabiola de Laeken (Bruxelles). « Il y a un réel déséquilibre entre les attentes du bénévole et celles de l’organisation. Un hôpital pour enfants a des exigences spécifiques à l’égard des bénévoles et celles-ci ne correspondent pas toujours aux intentions des personnes désireuses de se rendre utiles », raconte Jan Foubert, directeur du service d’infirmerie du seul hôpital belge qui s’adresse exclusivement aux enfants.

 

L’Hôpital Universitaire pour Enfants Reine Fabiola a été inauguré en 1986. Dans cet hôpital pour enfants, médicalement et chirurgicalement hautement spécialisé et qui compte 183 lits, plus de 11.000 enfants sont hospitalisés chaque année. Le service ambulatoire (consultations et urgences) accueille plus de 120.000 patients par an. Les candidats au bénévolat doivent obligatoirement s’enregistrer via le site web. « Je leur renvoie alors un mail dans lequel j’explique un peu en quoi consiste le travail de bénévole», explique Jan Foubert. « Actuellement, un enfant passe en moyenne 3 à 4 jours à l’hôpital. Pendant le week-end, il peut rentrer chez lui, pour autant que son traitement le permette. Les candidats au bénévolat reçoivent ensuite une fiche à remplir. Les questions portent sur leur motivation, leur préférence en termes de lieu de travail et leur disponibilité. Ensuite, je les invite pour un entretien, où la personne de contact est généralement présente également. Je leur envoie aussi une convention, une sorte de contrat, afin de montrer que le bénévolat doit être pris au sérieux. Je trouve personnellement que c’est une bonne façon d’opérer une première sélection. Dans la pratique, on constate que la moitié des candidats ne renvoient pas le formulaire. En fin de compte, il reste très peu de candidats, car il s’agit chez la plupart d’entre eux d’une envie passagère. La moitié des personnes à qui j’envoie un premier mail ne répondent pas. Seuls 25% des personnes inscrites comme bénévoles via notre site, travaillent effectivement chez nous. »

 

« Il faut trouver sa place en tant que bénévole »

 

Jan Foubert, responsable des bénévoles à l’Hôpital Universitaire pour Enfants depuis 2009, explique que si peu de bénévoles persévèrent, c’est parce que « la plupart ne comprennent pas toujours qu’il y ait tout un processus préalable à parcourir avant de pouvoir commencer comme bénévole. Lors de notre entretien, je le leur fait clairement comprendre. Les candidats pensent que les enfants passent des semaines seuls dans leur chambre, comme dans un internat ou un orphelinat, mais ce n’est pas le cas bien sûr. Je souligne aussi très vite les droits de l’enfant. Un enfant n’est admis chez nous que si c’est indispensable et il a toujours un parent ou un accompagnateur avec lui. Son hospitalisation est aussi courte que possible. Ce qui signifie que la fonction hôtelière et la fonction préparatoire ont lieu en ambulatoire. A la grande différence d’autres établissements, nous disposons d’un personnel important : éducateurs, infirmiers, école de formation, nombreuses activités, artistes, etc. Le bénévole doit vraiment chercher sa place dans cet ensemble. »

 

L’Hôpital Universitaire pour Enfants dispose actuellement d’une vingtaine de bénévoles. Ceux-ci sont activés à deux endroits: la consultation et l’unité de soins. Jan Foubert: “Nous avons deux bénévoles à la consultation. Ils ne font pas de travail administratif mais s’occupent des enfants dans la salle d’attente, car les horaires ne sont pas toujours respectés. Les autres travaillent dans les différentes salles, où ils assistent les éducateurs lors d’activités de détente essentiellement. Pendant la phase de sélection, je les laisse généralement travailler quelques jours avec l’éducateur, afin qu’ils sachent où se trouvent les salles de jeu, le matériel, etc. Bref, je leur donne un avant-goût du métier. Ce n’est qu’ensuite qu’ils doivent prendre une décision et que nous fixons un moment pour la signature de la convention. Tous les trois mois environ, je demande à l’éducateur de me faire un topo de qui continue de venir et quand.”

 

“La satisfaction n’est pas toujours immédiatement tangible”

 

Le bénévolat au sein de l’Hôpital Universitaire pour Enfants a énormément évolué ces dernières années. En 2009, il existait deux systèmes: les bénévoles envoyés par la Croix-Rouge et les autres, officiant comme indépendants. “Depuis un an, il n’y a plus que des bénévoles à titre indépendant”, poursuit Jan Foubert. “A présent, j’ai une idée précise du nombre de bénévoles et quand ils viennent exactement. Je constate toutefois qu’il y a moins de bénévoles qui restent fidèles à l’établissement. Le bénévolat est souvent considéré comme une occupation à court terme, mais ce n’est certainement pas le but. Un bénévole aime évidemment se rendre utile. Dans une maison de repos, il peut par exemple donner à manger aux personnes âgées, les accompagner, leur tenir compagnie, etc. A la fin de la journée, cela vous procure un sentiment de satisfaction, parce qu’on a pu se rendre utile. Chez nous, c’est souvent un peu différent: la satisfaction n’est pas toujours tangible immédiatement. Ici, il faut en quelque sorte pénétrer dans le monde de l’enfant et de ses parents. C’est tout différent.”

 

‘La mission du volontariat est d’accomplir des activités de nature à humaniser le séjour des patients ainsi que de leur entourage’. C’est ce qu’on peut lire sur le site web. Mais qu’est-ce que cela implique concrètement? “Il faut surtout collaborer avec l’éducateur. Jouer des jeux de société dans la salle de jeux, dessiner, participer à des jeux avec l’enfant malade, etc. Votre rôle varie aussi d’une situation à l’autre. Comment l’enfant se sent-il? Etre brièvement occupé avec l’enfant peut déjà suffire. Il faut être très motivé et avoir une certaine maturité pour être patient, sentir la situation, apprendre à connaître les gens et les patients. Ceux qui travaillent le plus longtemps comme bénévoles sont souvent des personnes un peu plus âgées, qui ont une expérience de la vie. Les jeunes, les psychologues et autres commencent souvent à faire du bénévolat en vue de trouver un travail. Ils décrochent souvent très vite. Chez les ‘anciens’, l’engagement est réel. Trois fois par an, nous leur donnons une demi-journée de formation. Des sujets comme l’hygiène des mains, les premiers soins, le secret professionnel et les droits de l’enfant sont alors abordés. Il y a aussi le drink annuel que nous organisons pour nos bénévoles. La plupart d’entre eux viennent en journée, car le soir et le week-end, il n’y a pour ainsi dire pas d’éducateurs. Cela reste une sacrée responsabilité.”

 

“Il ne s’agit pas seulement de côtoyer les enfants, mais aussi les parents”

 

Côtoyer des enfants est particulièrement délicat, parce qu’on a aussi affaire aux parents. “C’est une difficulté supplémentaire en effet et une matière très sensible par ailleurs. C’est pour cela que je suis tellement sévère lors du recrutement. Le bénévole doit dans tous les cas apprendre à gérer l’interaction entre la mère et l’enfant. Ce n’est pas évident d’avoir un contact direct avec l‘enfant. C’est là une donnée connue en psychologie: les parents qui sont avec leur enfant décident aussi quand un enfant veut entrer en contact avec vous.”

 

Recherchez-vous en fait consciemment des candidats-bénévoles? “Pas vraiment. Nous recevons environ deux demandes en ligne par semaine et nous avons actuellement besoin d’une vingtaine de bénévoles. Nous sommes un petit hôpital, mais avec beaucoup de personnel. Notre besoin en bénévoles est moins important que dans d’autres hôpitaux plus grands.”

 

Photo: © Ann Jacobs