Comment le volontariat est-il organisé et quelles sont les questions prioritaires dans un contexte qui est notamment celui de la psychiatrie forensique, des handicaps mentaux et des soins aux toxicomanes ? Le médecin-chef du centre psychiatrique St-Jan-Baptist à Zelzate, Jan De Varé, et le coordinateur du volontariat, Marnix Van de Voorde, évoquent le succès d’un fonctionnement bien structuré, qui ne doit pas pour autant être réglementé à l’excès. “On ne peut pas comparer le fonctionnement de notre volontariat avec celui du volontariat dans un centre médical général”.

Jan De Varé: “Le centre psychiatrique St-Jan-Baptist est un centre et un hôpital de taille moyenne. En additionnant nos structures de soins de santé mentale et nos lits d’hôpital, nous comptons environ 450 patients. Outre notre campus principal, nous possédons encore deux campus externes à Zelzate et Wachtebeke, ainsi qu’un hôpital de jour avec un restaurant social, également situé à Zelzate. Nous faisons partie de la congrégation ‘Broeders van Liefde’, mais en tant qu’entité, nous sommes autonomes et autosuffisants. En comptant les services facilitaires, nous employons au total environ 600 personnes. Nous sommes un établissement ‘medium security’ et cela signifie que nous disposons de davantage de personnel que la moyenne. Dans le cadre du nouvel objectif de création de réseaux de soins, nous sommes également en train de passer à la vitesse supérieure. Auparavant, on trouvait grosso modo les mêmes activités dans les centres psychiatriques, mais depuis quelques années, nous choisissons de mettre l’accent sur trois types de traitements : celui de la toxicomanie, la psychiatrie gériatrique et la psychiatrie forensique. Couplée à une plus grande échelle, une telle approche permet de proposer une offre plus variée et une sous-spécialisation au sein de ces segments. Ici, notre campus possède un nouveau bloc dédié à la psychiatrie gériatrique et nous espérons encore pouvoir ouvrir un nouveau bâtiment adapté à la psychiatrie forensique.”

Combien de volontaires comptez-vous et comment sont-ils répartis entre les différents services ?

Marnix Van de Voorde: “Actuellement, ils sont une soixantaine. Ils ne sont pas tous actifs de la même façon. Certains viennent ici une fois par semaine, d’autres deux à trois fois, et d’autres encore ne viennent qu’une fois tous les six mois. Tous les campus recourent au volontariat, mais c’est surtout le cas des campus accueillant des structures de soins de santé mentale. Les groupes permanents sont toujours composés d’une dizaine de personnes. Dans la structure de soins de santé mentale De Warande, où séjournent nos résidents atteints de handicaps mentaux graves, nous disposons d’un groupe permanent de cinq personnes. A l’hôpital de jour, nous comptons sur quelques volontaires, dont la présence varie.”

Jan De Varé: “Plus les patients séjournent longtemps et ont besoin de soutien, plus nous avons besoin de volontaires. C’est beaucoup plus lié à la qualité de vie qu’au soutien facilitaire et cela fonctionne mieux à long terme et avec une description des tâches standardisée. Et bien entendu aussi avec nos résidents qui sont un peu plus stabilisés.”

Marnix Van de Voorde: “Cette année, l’un de nos points d’action consiste à prêter davantage d’attention aux contacts individuels. Le centre psychiatrique St-Jan-Baptist accueille environ 70 résidents qui sont socialement défavorisés, essentiellement dans les structures de soins de santé mentale. Ces personnes n’ont pas de famille ou ne reçoivent jamais de visites. Nous essayons de compenser ce manque en leur désignant une personne. Jadis, nous disposions de volontaires qui apportaient un soutien à dix résidents, mais avec un tel nombre, il n’est pas possible d’accomplir sa tâche convenablement. Nous nous efforçons désormais de coupler les nouveaux volontaires à un seul résident. Ce n’est pas encore une relation de copain à copain, mais c’est ce vers quoi nous tendons. Et cela peut prendre différentes formes : une petite balade à la cafétéria ou une excursion à Gand. Il y a également un soutien lors des activités de groupes : une fête, un quiz, une promenade à vélo hebdomadaire avec quelques résidents…”

Jan De Varé: “Si notre approche est désormais totalement structurée, tout le mérite en revient à Marnix. Cela apporte une plus-value et nous en sommes très satisfaits, car cela explique en partie le succès du volontariat chez nous. Il faut une structure pour parvenir à faire du travail sur mesure.”

L’afflux de volontaires augmente-t-il ? Trouvez-vous facilement de nouvelles personnes ?

Marnix Van de Voorde: “L’an dernier, nous avons fêté nos 150 ans d’existence. Cela a suscité pas mal d’intérêt du monde extérieur et cela nous a apporté plus de dix volontaires. Sans placer d’annonces ! Lorsque nous avons besoin de profils de volontaires spécifiques, nous diffusons toutefois un avis pour signaler une vacance de poste. L’afflux est spontané. A cet égard, nous nous réjouissons de constater que les candidats sont de plus en plus jeunes. Le plus jeune a 27 ans et est relativement actif. Parmi les volontaires, il y a des gens sans emploi, mais aussi des gens qui ont un travail, des gens qui sont malades mais qui sont suffisamment valides pour pouvoir donner un coup de main, et bien entendu aussi des jeunes pensionnés. L’âge des volontaires diminue et leurs profils sont un peu plus élevés.”

Comment sont les relations avec les dispensateurs de soins professionnels?

Jan De Varé: “Les professionnels s’en réjouissent. En psychiatrie, l’encadrement par des volontaires découle d’un angle d’approche différent, qui n’est pas médical et qui est considéré comme une plus-value par les deux parties.”

Marnix Van de Voorde: “L’aspect relationnel est essentiel. Contrairement à un professionnel, nous regardons un résident avec des yeux différents, sans préjugés, parce que l’aspect médical n’est pas abordé. J’insiste aussi sur cet aspect lorsque quelqu’un commence. Cela fait une différence, certainement dans les structures de soins de santé mentale forensique.”

Jan De Varé: “Le centre psychiatrique St-Jan-Baptist a une tradition de volontariat. Au début, il a fallu un peu se chercher, mais maintenant que tout est structuré et se déroule dans le dialogue, il y a plus d’harmonie. Les vérifications et les adaptations sont fort liées à cette situation.”

Marnix Van de Voorde: “Le personnel soignant est très positif vis-à-vis du volontariat. Il n’y a aucune forme d’opposition. Certains volontaires travaillent d’ailleurs déjà ici depuis trente ans. On pourrait dire qu’ils connaissent leur place. Et celle-ci leur convient parfaitement.”

Jan De Varé: “Les volontaires et les professionnels sont complémentaires. Auparavant, la frontière entre les deux était sans doute plus vague. Dans un contexte médical général, l’accent est mis beaucoup plus sur la notion très étroite de guérison. Une hanche, cela se répare ! Chez nous, l’aspect médicotechnique est bien évidemment aussi abordé, mais pour la personne qui est en attente de soins, l’objectif final, c’est plus souvent la qualité de vie. Cela se traduit par une différence vis-à-vis du volontariat, comme des personnes isolées ou plus âgées, d’ailleurs.”

En psychiatrie, avez-vous besoin de candidats qui sont plus sûrs d’eux ?

Marnix Van de Voorde: “Pas vraiment. Nous trouvons certainement une tâche qui convient à la grande majorité des candidats volontaires, même s’il ne s’agit parfois que de faire la cuisine une fois par semaine avec un patient. Certains volontaires veulent se limiter à une seule activité. Nous travaillons en nous intéressant à la fois à l’offre et à la demande, avec des volontaires qui ont dès lors eux-mêmes quelque chose à offrir.”

Existe-t-il un trajet de formation interne ?

Marnix Van de Voorde: “Il y a toujours une formation de base. J’essaie moi-même de faire comprendre des choses aux gens. Deux fois par an, nous organisons une réunion avec tous les volontaires, au cours de laquelle une personne externe vient présenter un thème. Il y a aussi une offre de formations.”

Le décret flamand sur le volontariat apporte-t-il un surplus de tracasseries administratives ?

Marnix Van de Voorde: “Non, grâce à cela, nous avons précisément établi un profil de compétences qui nous apporte beaucoup. Cette demande provenait de l’inspection publique. Je l’utilise lors de procédures de candidatures. Il n’est absolument pas question de surcharge administrative.”

Jan De Varé: “Les choses sont évidemment quelque peu différentes pour les volontaires qui sont affectés à des tâches facilitaires. Lorsque vous recherchez, comme nous, une meilleure qualité de vie, un décret entraîne la formalisation d’un processus qui a déjà cours. Ce qui importe surtout, c’est la manière dont l’établissement lui-même considère le volontariat. Quelqu’un qui contribue à améliorer la qualité de vie des résidents possède en tout état de cause déjà certaines qualités personnelles. Chez nous, il ne s’agit pas de compétences pratiques. Nos patients forensiques auxquels nous faisons appel pour soutenir des patients plus âgés dans le cadre de leur réintégration sont quant à eux un peu plus orientés vers le facilitaire. Mais il s’agit là bien entendu d’un autre type d’interaction qu’avec nos volontaires ‘normaux’.”

Vous arrive-t-il parfois de réorienter des volontaires parce qu’ils ne supportent plus une relation avec un résident ?

Marnix Van de Voorde: “Nous n’avons pas encore dû faire cela. Il arrive parfois simplement que le courant ne passe pas entre un résident et un volontaire. Le point de départ, c’est que cela doit être agréable pour les deux parties. A défaut, nous désignons quelqu’un d’autre.”

Jan De Varé: “C’est nécessaire, parce qu’avec un fonctionnement de personne à personne, c’est d’une relation personnelle qu’il s’agit.”

Faites-vous quelque chose de spécial pour vos volontaires ?

Marnix Van de Voorde: “Chaque année, nous organisons une petite fête. Tous les volontaires ont également été invités à la grande réception qui a ouvert les festivités de notre anniversaire. Ils sont estimés à leur juste valeur et ils le ressentent.”

Jan De Varé: “Nous veillons en outre à ce qu’ils puissent accomplir leur travail sans que cela ne leur coûte de l’argent. Les frais de transport sont remboursés. Un petit cadeau d’anniversaire de 5 euros pour un volontaire est sponsorisé par l’hôpital. Mais nous ne payons pas les gens.”

Marnix Van de Voorde: “Ils disposent d’une carte d’avantages octroyée au personnel de Broeders van Liefde, grâce à laquelle ils bénéficient de réductions dans certains magasins. Ils reçoivent également le magazine du personnel. Et bien entendu, ils jouissent d’une énorme gratitude de la part de nos résidents.”

Existe-t-il des limites aux possibilités qu’offre le volontariat ?

Marnix Van de Voorde: “Le volontariat évoluera certainement encore au niveau du contenu. Il faut encore approfondir ces relations de personne à personne. Cela dépend de l’afflux de nouveaux candidats, mais également de leur volonté de le faire. Nous avons quelqu’un qui souhaite uniquement faire des séances de lecture. Nous respectons cela.”

Jan De Varé: “Ce qui est crucial dans toute cette histoire, c’est qu’un volontaire a quelque chose d’autre à offrir qu’un professionnel, et vice versa. Et il faut essayer que cela reste le plus clair possible.”

Quels sont les points qui méritent une attention particulière à l’avenir ?

Marnix Van de Voorde: “Certainement un rajeunissement de l’équipe des volontaires. Nos septuagénaires et octogénaires sont actifs, mais ils ne sont effectivement pas éternels. L’élargissement de l’équipe figure également à notre agenda. Il y a aussi une demande permanente de nouvelles activités.”

Et vis-à-vis des pouvoirs publics ?

Marnix Van de Voorde: “Nous sommes sponsorisés par l’hôpital. Nous n’entrons pas en ligne de compte pour recevoir des subsides des pouvoirs publics.”

Jan De Varé: “Faciliter financièrement le recours à des volontaires pourrait aider, mais nous ne sommes pas demandeurs des excès de réglementation que cela pourrait entraîner. Cela ne doit pas vous éloigner de votre objectif. Nombre de choses que nous faisons – par exemple donner un petit cadeau de cinq euros pour un anniversaire – risqueraient alors de perdre leur portée et d’être considérées comme inutiles. Une telle démarche n’est pas validée dans le cadre d’une demande de subside. Comment réglementez-vous ou validez-vous la valeur d’un geste relationnel, qui est plein de valeur mais qui n’est pas protocolaire ? C’est là que se situe le piège. Dans notre situation, nous avons actuellement plus à perdre qu’à gagner.”