Après de récentes rénovations, et désormais équipé des toutes dernières technologies en matière de domotique et de contrôle d’environnement, l’Appartement thérapeutique du Centre de Traumatologie et de Réadaptation (CTR), à Bruxelles, permet aux thérapeutes d’évaluer l’autonomie et l’indépendance du patient  avant son retour à domicile. 

 

Comme l’ensemble des bâtiments qui composent le Centre de Traumatologie et de Réadaptation (CTR), situé à Laeken sur le site de l’hôpital Brugmann, l’Appartement thérapeutique a bénéficié récemment d’une série de rénovations et de transformations. Après sept ans de travaux, le CTR jouit depuis l’année dernière d’une infrastructure agrandie et modernisée. « Le CTR existe depuis les années 1950, explique Jean-François Dinant, coordinateur paramédical et interdisciplinaire en Réadaptation au CTR. Les bâtiments ont progressivement été adaptés au nombre croissant de patients et de lits, mais sans jamais connaître de réelles rénovations. En 2009, d’importants travaux ont été entrepris pour adapter l’institution aux nouvelles normes hospitalières qui refusaient les chambres à quatre lits et exigeaient une salle de bain dans chaque chambre ».  

 

117 lits en tout 

L’année 2012 a vu naître une nouvelle aile de 51 lits, avec de vastes chambres doubles ou individuelles équipées de salles de bain adaptées à l’usage du fauteuil roulant. Des salles de séjour avec cuisine équipée ont aussi été construites en faveur des patients et de leur famille. 

 

Ensuite, entre 2013 et 2017, c’était au tour des anciens bâtiments de connaître quelques adaptations. Ces derniers ont subi un profond lifting. « Outre la transformation des chambres, nous avons aussi rénové les locaux des infirmiers et les salles de traitement, dont la Kinésithérapie et l’Ergothérapie. Nous en avons alors profité pour rénover l’Appartement thérapeutique, localisé en Ergothérapie, grâce au soutien financier de l’ASBL Les Amis du CTR.»  

 

Si les gros travaux sont terminés depuis 2017, certains aménagements se poursuivent. Le CTR sera bientôt pourvu d’une salle de snoezelen, un espace de relaxation et de stimulation multi-sensorielle dont l’inauguration est prévue le 9 juin prochain. 

 

Un appartement test 

Séparé par une porte du service d’Ergothérapie, l’Appartement thérapeutique remplit plusieurs fonctions. Les ergothérapeutes peuvent l’utiliser pour proposer au patient des activités de vie journalière au sein d’un lieu qui ressemble sensiblement à un véritable appartement. « L’appartement sert alors à des mises en situation ponctuelles dans le cadre d’activités  telles que cuisiner, entrer et sortir de la baignoire, faire le lit, etc. », développe Magaly Bartholomeeusen, responsable du service d’Ergothérapie. Mais le plus souvent, l’appartement accueille le patient pour des séjours à court terme (une semaine, week-end inclus ou non selon les besoins) afin de lui permettre de vivre l’expérience du retour à domicile dans des conditions proches de la situation réelle. 

 

Grâce à une porte d’entrée indépendante, le patient peut entrer et sortir de l’appartement à sa convenance, de la même manière qu’il le ferait chez lui. « Le séjour donne au patient l’occasion de vérifier que les aides techniques que nous avons pensées pour lui sont les plus adéquates. Mais aussi d’apprendre à gérer son temps. Pour une personne à mobilité réduite, avec ou sans chaise roulante, tout prend un peu plus de temps. Le séjour en appartement permet de s’en rendre compte. » 

 

Et si l’objectif de cet appartement est essentiellement thérapeutique, il est aussi d’ordre social. « Jusqu’à présent, on l’appelait l’Appartement thérapeutique mais, de plus en plus, on le nomme aussi l’Appartement social ou l’Appartement des familles car, grâce à lui, on offre la possibilité à la personne hospitalisée de se retrouver en famille, aux côtés de son conjoint et de ses enfants. Dans ce cas, l’appartement est mis à disposition pour des périodes plus courtes, mais cette option existe. »  

 

Des transferts facilités 

Outre les travaux de rafraîchissement nécessaires, différentes pièces de l’appartement ont été complétées et augmentées d’un ensemble d’appareillages utiles au patient et au personnel soignant. « La cuisine était déjà bien équipée, avec un plan de travail et des armoires réglables en hauteur, des boutons et poignées adaptables et une accessibilité idéale du fait qu’il n’y a rien sous l’évier ou l’espace de travail et qu’il est donc possible d’y accéder en chaise roulante, indique J.F. Dinant. Outil de travail déjà très performant, elle n’a, comme le salon, subi aucune transformation matérielle majeure.»  

 

La salle de bain a été équipée d’un lavabo réglable en hauteur, et d’une toilette adaptée. « Un lift plafonnier facilitait initialement le transfert du patient de sa chaise vers la baignoire, et inversement. Désormais, les rails au plafond traversent la salle de bain mais aussi la chambre et, par-là, permettent le transfert direct du patient depuis son lit jusqu’à la baignoire. »  

 

Une cloison amovible 

Hormis la pose des rails au plafond, la chambre a aussi été adaptée au niveau de ses murs. « La plupart des personnes plus fortement dépendantes, comme les patients en éveil de coma ou atteints de tétraplégie, retournent relativement tôt au lit car elles sont plus facilement fatigables ou doivent recevoir des soins infirmiers extérieurs, explique M. Bartholomeeusen. Lorsqu’auparavant, la chambre était fermée, ces patients se retrouvaient vite isolés du reste de la famille. Grâce à cette grande porte coulissante, la personne peut continuer à participer à la vie familiale, tout en conservant un endroit intime pour le repos et les soins. » 

 

Des technologies à la pointe 

La grande évolution de l’Appartement thérapeutique se situe au niveau des solutions techniques et technologies installées pour répondre aux besoins de confort, de sécurité et de communication du patient. « Jusque-là, la porte d’entrée indépendante de l’appartement était électrifiée et une télécommande permettait au patient de régler les lampes principales, informe J.-F. Dinant. A présent, que ce soit au niveau de l’éclairage, de l’ouverture et de la fermeture des portes et des stores pare-soleil, tout est gérable domotiquement via un système de contrôle de l’environnement installé sur la chaise roulante, ou via smartphone ou tablette. »

 

Un système évolutif 

Le système domotique a été conçu de sorte à pouvoir évoluer en fonction des avancées technologiques et ne cesse, de ce fait, d’être adapté et amélioré. La dernière révolution concerne la commande vocale. « Depuis la connexion récente de l’Appartement thérapeutique au réseau Internet, nous avons pu aller un cran plus loin en matière de domotique, explique Thierry Soufflet, ergothérapeute et bandagiste chez Mobility Concept, société spécialisée dans les aides techniques pour personnes handicapées, en charge des installations domotiques au sein de l’Appartement thérapeutique. Désormais, la personne à mobilité réduite peut contrôler l’environnement à l’aide de sa voix. » 

 

Des outils abordables 

L’apparition sur le marché d’outils d’assistance comme Google Home, utilisable sur l’appareil Android, ou Siri, conçu par Apple, a ouvert une voie sans précédent dans le secteur du handicap. « La commande vocale existait déjà dans le monde du handicap mais, très ciblée, elle coûtait extrêmement cher. Ces nouveaux systèmes, tous publics et donc financièrement abordables, sont en train de démocratiser le monde du handicap. » Malgré ses performances, cette nouvelle option ne remplace cependant pas les systèmes de commande utilisés précédemment. Elle les complémente. « Il est important de toujours prévoir un double système de commande, remarque Th. Soufflet. La domotique doit pouvoir être contrôlée par une autre entrée que la voie vocale seule. D’une part, parce que la commande vocale dépend d’Internet et que nous ne sommes jamais à l’abri d’une panne. D’autre part, parce que le patient peut à tout moment tomber malade ou souffrir d’une extinction de voix et, par-là, ne plus être en mesure d’utiliser le système. »  

 

A la demande, pour les patients atteints d’une paralysie complète et qui ne disposent plus que de l’usage de leurs yeux (une situation rare néanmoins, que l’on rencontre le plus souvent dans le cas des personnes atteintes de Locked-In syndrome – appelé aussi syndrome d’enfermement), un système de commande oculaire est également disponible. « La flexibilité du système domotique utilisé permet de transposer à tout moment de nombreux périphériques en fonction des besoins de la personne. » 

 

Un départ serein 

Magaly Bartholomeeusen
Magaly Bartholomeeusen

Pourvu des dernières innovations en matière technique et technologique, l’Appartement thérapeutique du CTR octroie au patient la possibilité de se familiariser avec toutes les aides techniques qui existent en vue de compenser les déficits moteurs ou cognitifs. « Il donne l’occasion à la personne de tester concrètement le matériel, et de se rendre compte que les installations en matière de domotique peuvent être très discrètes, soutient M. Bartholomeeusen. Cela permet de faire tomber certains tabous et de rassurer la personne quant à son retour prochain au domicile. »