Logée au cœur de la capitale belge, la maison de repos et de soins Vésale propose un accueil et un accompagnement singulier aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée. Tout est mis en œuvre pour qu’elles s’y sentent comme à la maison.

 

« Nous sommes ici chez l’habitant, déclare Jean-Claude Deplechin, directeur adjoint de la Maison Vésale. Nous ne sommes pas chez le résident ou le patient, mais chez l’habitant. Et nos collaborateurs travaillent chez l’habitant. » Voilà qui résume bien la philosophie de la dernière maison de repos et de soins du CPAS de la Ville de Bruxelles, inaugurée en mars 2017. Le projet se veut innovant tant du point de vue des soins et services offerts à l’habitant que de l’infrastructure.

 

Une architecture adaptée

Le concept est né d’une réflexion engagée au début des années 2000. « Le CPAS de Bruxelles, qui comptait alors déjà cinq maisons de repos et de soins, a réalisé un état des lieux afin de déterminer le type de résidents pris en charge au sein des différentes institutions, explique Martine Fory, directrice nursing.  Il s’est avéré que 40 % de la population était atteinte de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. De là est venue l’idée de fonder une maison spécialisée dans l’accueil de ces personnes. » Le bâtiment situé au numéro 45 de la rue des Alexiens venant de se libérer, des travaux d’adaptation ont été engagés en vue de l’adapter spécifiquement au public visé.

 

Jusqu’à 128 habitants

L’immeuble nouvellement rénové et réhabilité compte sept étages. Les six premiers abritent chacun une unité de vie pouvant héberger 20 habitants (répartis parmi 14 chambres individuelles et trois chambres doubles). Les six étages disposent d’une grande salle de vie, d’une cuisine, d’un espace de détente et d’une salle de bain wellness.

 

Le septième étage possède huit chambres supplémentaires ainsi qu’une grande cafeteria avec terrasse à ciel ouvert, une salle de fitness, un salon de coiffure, un potager urbain et un espace enfants. « Au septième étage, nous bénéficions en réalité de neuf chambres, la dernière étant une chambre d’amis, remarque M. Fory. Cette chambre peut cependant être déplacée dans le sens où elle est identique à toutes les autres chambres. Imaginons un habitant du deuxième étage qui ne se sent pas très bien et dont la famille n’habite pas à proximité. Si, à ce moment-là, une chambre est libre au deuxième étage, la famille pourra l’occuper. »

 

Des chambres personnalisées

La politique de la maison veut que chaque nouvel arrivé dans la maison choisisse sa chambre parmi les locaux disponibles. « Nos habitants ne sont pas déplacés d’unité en unité en fonction de leur état de santé. Chaque unité est indifférenciée et, à moins que la personne souhaite elle-même changer de chambre durant son séjour, nous nous engageons à ce qu’elle garde la sienne jusqu’à la fin. »

 

Architecturalement parlant, notons que la seule différence parmi les étages se situe au niveau du sas des ascenseurs. « Pour aider l’habitant à se localiser dans le bâtiment, nous avons établi une distinction au niveau des ascenseurs, avec des repères multi-sensoriels. Chaque sas est décoré d’un tableau thématique composé d’une partie tactile et diffuse une musique ainsi qu’un parfum lié au thème. »

 

Un lieu de vie ouvert

La maison Vésale se veut ouverte pour ses habitants, dans le sens où ils peuvent y circuler à souhait. Hormis l’entrée principale, aucune porte de l’établissement n’est jamais fermée. « Ils peuvent se déplacer librement sur les sept étages, développe M. Fory. Si un habitant logeant au deuxième étage souhaite passer la journée au septième, nous lui apportons son repas là-haut. Nous n’utilisons pas de contention chez nous. Dans le même ordre d’idée, nos lits ne disposent pas de barres. Nous tenons à créer une ambiance comme à la maison. » J.-Cl. Deplechin souligne la liberté de l’habitant prônée par la maison : « Nous travaillons à bureaux ouverts. Si un habitant souhaite s’asseoir à côté du directeur ou d’un autre membre du comité de direction, il est libre de le faire. »

 

Des repas finalisés au sein de l’unité

Les repas ne sont pas servis sur des plateaux, comme dans les hôpitaux. La nourriture arrive en vrac dans les cuisines équipées, où elle est finalisée en fonction du goût de chacun. Les plats sont servis dans une vaisselle propre à la Maison Vésale, mise à disposition des habitants. « Les repas sont personnalisés dans la mesure du possible et servis à l’heure à laquelle l’habitant souhaite manger, poursuit J.-Cl. Deplechin. Que ce soit au niveau des repas, du lever du lit ou de la toilette, les plages horaires sont très larges et flexibles afin de respecter au mieux le rythme de l’habitant. »

 

Au niveau des horaires de visite, là aussi, la Maison Vésale a adopté une solution de confort. « Des heures de visite précises peuvent décourager les familles de venir au chevet de leurs aînés, nous avons donc décidé de ne pas en appliquer, déclare M. Fory. L’absence d’horaires enlève un gros stress. Les familles viennent quand elles le peuvent. Nous constatons que cela a un gros impact sur la fréquentation de l’établissement. »

 

Du personnel en tenue civile

La prise en charge et l’encadrement des habitants est assurée par 120 collaborateurs, soit 90 équivalents temps plein. Les vêtements de travail du personnel de jour se composent d’un pantalon de couleur brun ou taupe, et de polos de différentes couleurs. Les vêtements de nuit comprennent un pantalon à carreaux et un polo avec col. « Pour rester dans l’esprit comme à la maison, notre personnel ne porte pas d’uniforme blanc mais une tenue de ville classique, explique M. Fory. De plus, pour gommer la hiérarchie, nous n’avons pas de couleur par fonction. Chaque membre de l’équipe peut choisir la couleur de polo de son choix, sur lequel sera brodé son prénom. » Cette initiative a pour conséquence de permettre à l’habitant de se sentir plus à l’aise face à ses interlocuteurs et, en ce qui concerne le personnel soignant, l’absence de signes distinctifs visibles rend la collaboration plus sereine. « Cette démarche valorise le personnel qui, anciennement, ne se sentait pas valorisé. » Seuls les stagiaires disposent d’une tenue différente, afin de ne pas les placer dans une situation délicate ou inconfortable face aux autres membres du personnel.

 

Des activités en continu

La Maison Vésale compte sur la présence d’une équipe paramédicale particulièrement étoffée pour encourager les habitants à participer à de multiples activités quotidiennes. « Nous organisons de nombreuses activités en interne, comme à l’extérieur du bâtiment, note M. Fory. L’équipe est présente en journée, mais aussi le soir et le week-end, car nos habitants ne sont pas malades de huit heures à 16 heures, mais 24 heures sur 24, sept jour sur sept. »